Canton et communes s'allient enfin pour les sans-abri

Après des années de discussion, je suis heureux que nous soyons à bout touchant pour trouver enfin une solution au financement des politiques publiques en faveur des personnes sans-abri. Après plusieurs mois de travail, les communes ont amendé et finalement accepté – à l'unanimité – le projet de loi que j'ai proposé afin de fixer une fois pour toutes les compétences des un.e.s et des autres dans cette mission délicate mais essentielle qu'est la lutte contre le sans-abrisme. Comme le relate la Tribune de Genève dans un article du 18 mars, ce partenariat – validé ce jour par le Conseil d'Etat – va permettre de déposer au Grand Conseil ce projet de loi qui apporte une pierre supplémentaire à l'édifice de la lutte contre la précarité.

Aujourd'hui, c'est la Ville de Genève qui, seule, finance à hauteur de 13 millions annuels le dispositif d'hébergement ainsi que la fourniture des biens de première nécessité. Le canton, pour sa part, assume la prise en charge socio-sanitaire, ce qui représente une charge d'environ 19 millions par année. C'était jusqu'ici la pratique, qui s'est développée au fil du temps et de l'évolution de la situation, mais qui ne reposait sur aucun cadre légal, puisque la question du sans-abrisme ne figure nulle part dans notre arsenal législatif, ce qui est problématique lorsqu'on entend dégager les moyens nécessaires pour y faire face et déterminer quelles sont les responsabilités des collectivités publiques en charge du dossier. Mais c'est aussi problématique d'un point de vue symbolique, puisque les personnes sans-abri n'ont pas d'existence du point de vue légal.

Ainsi, le projet de loi proposé par le canton et soutenu par les communes vise avant tout à reconnaître la réalité des personnes sans-abri, enfin. Il permet d'ancrer dans un cadre légal le rôle de chacun.e: aux communes l'hébergement strictement dit, ainsi que la fourniture des repas, l'orientation sociale de premier recours et les soins élémentaires. Au canton la responsabilité des soins infirmiers, les consultations ambulatoires ainsi que la tâche d'identifier les locaux ou espaces qui pourraient être affectés à l'hébergement collectif et mis à disposition des communes. Voilà pour le partage des tâches. Pour le surplus, je suis heureux que mon projet de créer une plateforme interinstitutionnelle de coordination, présidée par la Ville de Genève, afin d'identifier les lieux d'hébergement et évaluer les besoins ait été retenu dans la version finale de ce projet de loi. De même, les institutions et associations présentes sur le terrain, et qui jouent un rôle fondamental dans la lutte contre le sans-abrisme, seront régulièrement consultées, ce qui renforcera l'efficacité de l'ensemble du dispositif.

La problématique du sans-abrisme, après des années de tergiversations et d'actions ponctuelles (comme le financement de 1,4 million débloqué par le canton pour héberger des personnes sans-abris dans des hôtels), va enfin trouver un épilogue institutionnel satisfaisant pour l'ensemble des parties concernées. C'est dire combien je suis satisfait d'être parvenu à rassembler tous les partenaires autour d'un projet pérenne, offrant des solutions efficaces à ce qui reste une question humanitaire dramatique. J'espère que le Grand Conseil, qui doit maintenant se déterminer sur ce projet de loi, saura faire montre du même pragmatisme qui a prévalu durant les travaux préparatoires menés entre le canton et les communes.

Ceci dit, le combat pour la dignité ne s'arrête bien entendu pas là. Car derrière les lois, les discussions politiques et le processus législatif, il y a des femmes et des hommes en grande souffrance. La fermeture ce jour des abris de protection civile gérés par le Ville de Genève rappelle à quel point celles-ci et ceux-ci dépendent des prestations des collectivités. Elles et ils méritent, surtout en cette période, toute notre attention et notre engagement. Je continuerai de m'employer à faire entendre leur voix.

Commentaires

  • Article à lire en complément de votre billet:

    https://www.lematin.ch/story/les-romands-sont-moins-solvables-que-les-alemaniques-799335614925

Les commentaires sont fermés.