Gouverner - Page 3

  • Les jeunes ont besoin d’un cadre et de notre confiance, pas de notre méfiance et de contrôles systématiques

    Le Département de la cohésion sociale et l'Hospice général ont présenté mardi 4 mai 2021 le premier bilan de l'Allocation de préformation (APF). Ce projet, qui concerne jusqu'ici une vingtaine de jeunes de 18 à 25 ans en rupture, désireux de s'engager dans un processus de formation ou d'insertion, vise à remplacer le recours à l'aide sociale par une bourse d'étude.

    A priori, rien de révolutionnaire. Et pourtant…

    L'aide sociale, en tant que prestation d'assistance, est soumise à une surveillance et un contrôle relativement stricts. C'est l'apanage de la plupart des prestations sociales, à Genève comme ailleurs. Or, l'expérience nous montre malheureusement que le temps passé par les prestataires à surveiller, contrôler, vérifier, certifier est du temps qui n'est pas consacré à l'accompagnement et au soutien social. Nul ne conteste qu'il faut être particulièrement prudent et regardant avec l'argent public. Aucun abus n'est admissible avec l'argent des contribuables. Il est cependant aujourd'hui temps de changer un tout petit peu de focale et de revenir progressivement à une relation de confiance entre les bénéficiaires et celles et ceux qui aspirent à leur réinsertion durable et efficace, tout en maintenant un cadre clair à l'autonomie proposée. C'est là toute la philosophie de l'APF.

    Dans un canton qui compte 1300 jeunes adultes en rupture, j'ai la volonté de développer des solutions qui favorisent leur autonomie et leur permettent de trouver progressivement leur voie de manière responsable, tout en leur assurant un suivi efficace.

    Les avantages de ce système sont évidents: une meilleure estime de soi (être boursier.e.s plutôt qu'à l'aide sociale), une stabilité nécessaire pour un public par définition fragile (ou l'encouragement remplace le contrôle) et surtout plus de temps et d'énergie consacrés par les assistant.e.s sociales et sociaux à l'insertion et à la motivation.

    Et puis la crise sanitaire nous a fourni des enseignements importants sur le besoin de formations certifiantes. Le marché de l'emploi subit une transformation sans précédents et l'APF représente un outil extrêmement intéressant pour cibler les domaines de l'avenir.

    D'ici la fin de cette année, près d'une centaine de jeunes intégreront, c'est notre objectif, ce dispositif piloté par CAP Formations. Un dispositif destiné à faire florès dans sa philosophie et dans les principes de confiance mutuelle qu'il promeut.

    L'APF est une première illustration de la réforme en profondeur de l'aide sociale genevoise que je m'apprête à présenter cette année. J'y reviendrai prochainement.

  • Canton et communes s'allient enfin pour les sans-abri

    Après des années de discussion, je suis heureux que nous soyons à bout touchant pour trouver enfin une solution au financement des politiques publiques en faveur des personnes sans-abri. Après plusieurs mois de travail, les communes ont amendé et finalement accepté – à l'unanimité – le projet de loi que j'ai proposé afin de fixer une fois pour toutes les compétences des un.e.s et des autres dans cette mission délicate mais essentielle qu'est la lutte contre le sans-abrisme. Comme le relate la Tribune de Genève dans un article du 18 mars, ce partenariat – validé ce jour par le Conseil d'Etat – va permettre de déposer au Grand Conseil ce projet de loi qui apporte une pierre supplémentaire à l'édifice de la lutte contre la précarité.

    Aujourd'hui, c'est la Ville de Genève qui, seule, finance à hauteur de 13 millions annuels le dispositif d'hébergement ainsi que la fourniture des biens de première nécessité. Le canton, pour sa part, assume la prise en charge socio-sanitaire, ce qui représente une charge d'environ 19 millions par année. C'était jusqu'ici la pratique, qui s'est développée au fil du temps et de l'évolution de la situation, mais qui ne reposait sur aucun cadre légal, puisque la question du sans-abrisme ne figure nulle part dans notre arsenal législatif, ce qui est problématique lorsqu'on entend dégager les moyens nécessaires pour y faire face et déterminer quelles sont les responsabilités des collectivités publiques en charge du dossier. Mais c'est aussi problématique d'un point de vue symbolique, puisque les personnes sans-abri n'ont pas d'existence du point de vue légal.

    Ainsi, le projet de loi proposé par le canton et soutenu par les communes vise avant tout à reconnaître la réalité des personnes sans-abri, enfin. Il permet d'ancrer dans un cadre légal le rôle de chacun.e: aux communes l'hébergement strictement dit, ainsi que la fourniture des repas, l'orientation sociale de premier recours et les soins élémentaires. Au canton la responsabilité des soins infirmiers, les consultations ambulatoires ainsi que la tâche d'identifier les locaux ou espaces qui pourraient être affectés à l'hébergement collectif et mis à disposition des communes. Voilà pour le partage des tâches. Pour le surplus, je suis heureux que mon projet de créer une plateforme interinstitutionnelle de coordination, présidée par la Ville de Genève, afin d'identifier les lieux d'hébergement et évaluer les besoins ait été retenu dans la version finale de ce projet de loi. De même, les institutions et associations présentes sur le terrain, et qui jouent un rôle fondamental dans la lutte contre le sans-abrisme, seront régulièrement consultées, ce qui renforcera l'efficacité de l'ensemble du dispositif.

    La problématique du sans-abrisme, après des années de tergiversations et d'actions ponctuelles (comme le financement de 1,4 million débloqué par le canton pour héberger des personnes sans-abris dans des hôtels), va enfin trouver un épilogue institutionnel satisfaisant pour l'ensemble des parties concernées. C'est dire combien je suis satisfait d'être parvenu à rassembler tous les partenaires autour d'un projet pérenne, offrant des solutions efficaces à ce qui reste une question humanitaire dramatique. J'espère que le Grand Conseil, qui doit maintenant se déterminer sur ce projet de loi, saura faire montre du même pragmatisme qui a prévalu durant les travaux préparatoires menés entre le canton et les communes.

    Ceci dit, le combat pour la dignité ne s'arrête bien entendu pas là. Car derrière les lois, les discussions politiques et le processus législatif, il y a des femmes et des hommes en grande souffrance. La fermeture ce jour des abris de protection civile gérés par le Ville de Genève rappelle à quel point celles-ci et ceux-ci dépendent des prestations des collectivités. Elles et ils méritent, surtout en cette période, toute notre attention et notre engagement. Je continuerai de m'employer à faire entendre leur voix.

  • La barbapapa a un goût amer

    J'aime profondément les fêtes foraines, depuis tout petit. Combien de fois ai-je supplié mes parents de consentir à un dernier tour de carrousel? Combien de fois ai-je frissonné dans les voltigeurs? Adolescent, je pouvais passer des heures dans les auto-tamponneuses ou sur le Tagada – sans tomber! Et puis il y a cette ambiance de vacances, ces parfums d'enfance, ces sons et ces lumières, ces rires d'enfants, ces marrades d'adultes…

    Les fêtes foraines sont des lieux populaires, des espaces de détente formidables, qui fleurent bon la nostalgie et nous poussent à retrouver une âme de bambin. Je les aime, sans doute aussi parce que comme tout lieu apprécié des plus jeunes, la mixité sociale y est entière et naturelle.

    Et avec l'arrivée des beaux jours, la perspective de voir les forains installer leurs attractions à Plainpalais est sans doute une bonne nouvelle, après ces mois difficiles. L'amusement et l'évasion en cette période nous évoquent la perspective d'une sortie de crise sanitaire. Je ne doute pas que cette animation bienvenue aura du succès. A en croire les journaux, c'est déjà le cas depuis son ouverture. La foule s'est ruée sur la Plaine.

    La barbapapa, cependant, a cette fois un goût bien amer…

    Car si on autorise les rassemblements et la promiscuité qu'entraîne obligatoirement la concentration des carrousels, pourquoi diable ne peut-on pas rouvrir des lieux culturels, qui promettent de respecter toutes les consignes sanitaires et de mettre sur pied des plans de protection drastiques? Est-on vraiment plus en sécurité face au virus dans un train fantôme, que dans un spectacle en plein air?

    Les chevaux de bois sont pris d'assaut, les théâtres sont vides. On en prend plein la vue sur les montagnes russes, mais les cinémas sont fermés. On a des concerts de klaxons, de bruits, de rires, de cris, mais les concerts, eux, sont muets. On se rassemble, on se détend, on s'amuse, mais on n'a pas le droit de se nourrir de culture. Gagner une peluche au tir, c'est chouette, mais n'a-t-on pas aussi besoin de plus? Qui ne ressent pas ce vague à l'âme face à la détresse du monde artistique qui est privé de public, alors que tournent les manèges?

    La fête foraine nous offre un lieu de divertissement nécessaire. Mais la culture est tout aussi essentielle à la société. Muni aussi de plans de protection avérés, il est temps de retrouver le chemin de la culture. Urgemment.